De siecles en siecles

L'Antiquité

Si la Préhistoire est mal connue sur la partie solognote du Pays, en raison de la rareté des sites archéologiques découverts, la vallée du Cher, en revanche, conserve des sites préhistoriques bien conservés sous les alluvions des rivières.

La commune de Mareuil-sur-Cher conserve des vestiges importants de l'époque Paléolithique, tandis que les communes de Saint-Romain-sur-Cher, Châtres-sur-Cher, Méhers, Mennetou-sur-Cher et Noyers-sur-Cher, conservent des traces d'occupation et d'inhumation du Mésolithique à l'Âge du Fer.
Plusieurs sites attestant de l'occupation du territoire à l'époque gallo-romaine ont été découverts à Soings-en-Sologne, Pruniers-en-Sologne, Gy-en-Sologne et Saint-Romain-sur-Cher. 

Fouilles archéologiques A85 (Mareuil-sur-Cher) Photo : INRAP Centre
Fouilles archéologiques A85 (Mareuil-sur-Cher) Photo : INRAP Centre

 

 

Cependant, Gièvres et Thésée sont les sites phares de la période antique sur le territoire.
Gièvres apparaît sur la carte de Peutinger sous le nom de Gabris. Ce vicus s'est développé à l'époque gallo-romaine au croisement des routes allant de Tours à Bourges, d'Orléans à Argenton et d'Orléans à Poitiers. 

Les différentes fouilles, menées entre 1824 et 1992, ont permis de mettre au jour une nécropole et du mobilier funéraire, des thermes, découverts lors de l'aménagement du canal de Berry, et des ateliers de fabrication de céramiques, avec des fours de potiers. . 

 

Site de Tasciaca à Thésée
Site de Tasciaca à Thésée

Sur la rive gauche du Cher, côté Pouillé, face au bourg de Thésée, se trouvait un important ensemble artisanal de production de céramiques. On y a identifié une vingtaine de fours de potiers, dont une dizaine ont fait l'objet de fouilles systématiques. Le Cher a permis la diffusion de ces céramiques jusqu'à des distances lointaines.

Au voisinage des ateliers de potiers, se trouve un petit temple, ou fanum, probablement dédié à une divinité des eaux.


Le Moyen-Age

Au IXe siècle, les envahisseurs normands venus par la Loire dévastent la Sologne. À la fin du Xe siècle de nombreux seigneurs se partagent la région. Le plus puissant est le comte de Blois, Thibaud le Tricheur. Les seigneurs édifient des donjons sur des éminences naturelles, ou des mottes artificielles entourées de fossés défensifs. Les villes et les villages se développent autour de ces lieux de pouvoir, regroupant le personnel attaché au maître, les chevaliers et les paysans. Saint-Aignan et Montrichard en sont deux exemples.

D'autres agglomérations se développent aussi à partir d'églises ou d'abbayes, comme Selles-sur-Cher. Le nom de la ville dérive du latin cella, qui désigne une cellule d'ermite. C'est en effet sur les bords du Cher que St-Eusice établit son oratoire, probablement dans la plaine inondable du Cher. Sa piété attire l'attention de ses contemporains, qui constatent que le Cher, dans ses plus hautes eaux, respecte sa cellule de branchages. À sa mort, vers 540, une basilique est construite sur son tombeau, à l'emplacement de son oratoire. Elle donnera naissance à la ville de Selles-sur-Cher.

 

 

 

La cité médiévale de Mennetou-sur-Cher serait également une fondation chrétienne. Les premiers textes mentionnant Mennetou sur le nom de Monastellum (petit monastère) datent du XIIe siècle. Inclus dans le Berry, qui s'étendait alors bien au-delà du Cher. À partir du XIIIe siècle, Mennetou est appelé Castellum, bourg fortifié. En 1212, Hervé II de Vierzon, son seigneur, fait en effet entourer de fossés le bourg de Mennetou et son château. Au sud, les fossés étaient baignés par le Cher. En 1356, Mennetou subit les effets de la chevauchée du Prince Noir, qui, venant de Bourges, occupe et pille toute la vallée du Cher. En 1429, Jeanne d'Arc, descendant vers Bourges, emprunte le vieux chemin de Mennetou par Selles-Saint-Denis.

L'abbaye de Pontlevoy, fondée en 1034 par Geldouin de Saumur, contribue également à l'organisation du territoire par le biais des terres, des églises et des abbayes qui dépendent d'elle (Cornilly à Contres) ; tout comme l'abbaye d'Aiguevives, fondée à Faverolles-sur-Cher par les chanoines de Saint-Augustin de Tours. 
 

 

 

Les cisterciens sont à l'origine de l'abbaye d'Olivet, à Saint-Julien-sur-Cher. Les Templiers et les Hospitaliers sont également présents à Montrichard, Bourré, Mareuil-sur-Cher et Villefranche-sur-Cher.Un grand nombre d'édifices religieux sont ornés de peintures murales dont la crypte de la collégiale de Saint-Aignan ; l'église Saint-Christophe, de Couddes ; l'église de Saint-Loup-sur-Cher et l'église Saint-Hilaire, de Lassay-sur-Croisne sont les plus brillants exemples.

Mennetou-sur-Cher
Mennetou-sur-Cher

La Renaissance


La Renaissance et les Guerres de Religion

 

Au XVIe siècle, la Loire et le Cher représentent d'importantes voies de communication. Le commerce est florissant ; le territoire se couvre de châteaux et d'hôtels urbains. Le logis que les seigneurs de Saint-Aignan font bâtir à côté du donjon médiéval, ainsi que les édifices présents dans les communes de Romorantin (château, aujourd'hui sous-préfecture, hôtel Saint-Pol) ; Lassay-sur-Croisne (château du Moulin) ; Fougères-sur-Bièvre, Chémery, Châteauvieux, Monthou-sur-Cher (château du Gué-Péan), Montrichard (hôtel d'Effiat) et Chissay-en-Touraine témoignent du passage de l'architecture gothique à la Renaissance.
La Renaissance a particulièrement marqué la ville de Romorantin. Le jeune roi François Ier nourrit en effet de grandes ambitions pour elle. Il y a passé une partie de son enfance, dans le château de son grand-père, que Louise de Savoie, sa mère, fait agrandir. Une fois sur le trône, le jeune monarque, auréolé du succès de Marignan et briguant l'élection à l'Empire, veut faire de Romorantin la capitale de son royaume. 


De la fin de la Renaissance au XIXè siècle

Après la mort de Henri IV, les catholiques développent une grande activité. Les Capucins s'établissent à Romorantin en 1615, tandis que les protestants élèvent un nouveau temple en Sologne en 1620. 

Sous le règne de Louis XIII, grâce à l'influence de Philippe de Béthune, frère de Sully, la vallée du Cher connaît une période de prospérité. Seigneur de Selles-sur-Cher, diplomate et amateur d'art, il fait bâtir à côté du donjon féodal un château inspiré des plans de Jacques Androuet-du-Cerceau, dont il ne reste aujourd'hui que deux pavillons reliés par une galerie.

Château de Selles-sur-Cher
Château de Selles-sur-Cher

Expert en urbanisme et en architecture auprès des Sforza, Léonard de Vinci est invité à Romorantin en 1516 par le roi et Louise de Savoie, afin d'y réaliser une cité idéale. Entre 1517 et 1519, Léonard travaille à ce projet gigantesque mais sa mort, en 1519, y met un terme définitif. En outre, l'année 1519 correspond aussi à l'échec de François Ier à l'élection au trône impérial au profit de Charles Quint. Les deux événements ont peut-être poussé François Ier à abandonner son premier dessein et se tourner vers la construction d'un nouveau château situé au cœur de la forêt de Chambord.  

 

Maquette du projet de Léonard de Vinci
Maquette du projet de Léonard de Vinci

En 1664, Colbert fait également réorganiser et contrôler les manufactures de drap de Romorantin qui, renommées pour leur qualité, connaissent alors une grande prospérité. Cependant, la Révocation de l'Edit de Nantes, en 1685, provoque la fuite de nombreux artisans drapiers, provoquant ainsi le déclin de cette industrie. 

Sous le règne de Louis XIV, le poids des impôts provoquent des révoltes paysannes. Les propriétés sont mal entretenues. Les marécages se développent, le paludisme sévit. Les troupeaux de moutons sont décimés par les épidémies. La qualité de la laine devient médiocre et les manufactures disparaissent peu à peu. Au XVIIIe siècle, l'Assemblée provinciale de l'Orléanais alerte le pouvoir royal sur l'état lamentable de la Sologne ; mais les quelques tentatives effectuées pour améliorer le sort de la région sont anéanties par la Révolution. 

 

Montrichard
Montrichard

Le protestantisme se développe dans la région sous l'influence de prédicateurs et de la sœur du roi, Marguerite de France, résidant à Bourges. Le 7 mai 1560, François II signe l'édit de Romorantin, complétant l'édit d'Amboise signé le 8 mars, la même année. Cela n'empêche toutefois pas les massacres. Meurtres et pillages se succèdent. L'abbaye du Lieu à Lanthenay, l'église abbatiale de Selles-sur-Cher sont saccagées ; de nombreuses églises profanées. Saint-Aignan et Selles-sur-Cher tombent aux mains des Huguenots. La région est dévastée entre 1567 et 1572.

Au début du XIXe siècle, la population, déjà restreinte, décline encore. Le taux de mortalité augmente en raison de l'insalubrité. Cependant, la Société d'Agriculture du Loir-et-Cher entreprend une action de reboisement. L'industrie prend aussi un nouvel essor. Les premières filatures mécaniques apparaissent. Les cours d'eau sont à nouveau correctement entretenus. Le réseau routier est amélioré, ce qui facilite le rétablissement d'un trafic régulier de marchandises, accompagné de la reprise du commerce et des foires.

 

Incités par Napoléon III, de nombreux savants se penchent sur le problème de la Sologne. Elle est partiellement asséchée, des routes agricoles sont construites et les exploitations s'améliorent. Le paludisme régresse, enfin, grâce à l'utilisation de la quinine et le pays redevient salubre.

Etang de Sologne
Etang de Sologne

Le XIXème siècle

Période de renaissance de la Sologne, Le XIXe siècle correspond aussi, pour la vallée du Cher, à une époque de grands travaux, avec l'aménagement du canal de Berry, entre 1809 et 1839.

La branche ouest du canal de Berry allait de Fontblisse (commune de Bannegon - Cher) à Noyers-sur-Cher. Elle s'étendait sur 142 kilomètres et comptait 53 écluses et un pont-canal, situé sur la commune de Châtillon-sur-Cher.

Pour joindre Noyers-sur-Cher à Tours, le Cher fut canalisé entre 1836 et 1841, au moyen de 15 barrages à aiguilles doublés d'écluses.

Le canal de Berry à Châtillon-sur-Cher
Le canal de Berry à Châtillon-sur-Cher

Du début du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle, une famille d'industriels symbolise le renouveau de l'activité textile à Romorantin : les Normant. Le premier atelier familial fait faillite mais trois des frères s'associent en construisant une usine hydraulique à Villerherviers et une usine dans le faubourg Saint-Roch, à Romorantin. Ils font prospérer leurs affaires en y investissant tous les bénéfices engrangés. Ils concentrent et modernisent une activité traditionnelle, alors artisanale et dispersée. Cette position novatrice leur donne une avance considérable sur la concurrence et leur réussite est fulgurante. Dès 1825, ils emploient entre 700 et 800 ouvriers dans leurs ateliers. Dès lors, l'entreprise s'agrandit et prospère tout au long du XIXe siècle. Ils obtiennent des contrats avec l'armée et fournissent des draps de laine servant à la confection des uniformes. Les Normant rejoignent le cercle des notables de Romorantin et certains s'engagent dans la politique.

 

La famille marque aussi architecturalement la ville de Romorantin par l'édification de bâtiments monumentaux. En 1880, Aristide Normant fait construire une superbe villa entourée d'un parc dans le faubourg Saint-Roch, à quelques pas de la maison familiale. Cette propriété devient hôtel de ville en 1952. Située en bord de Sauldre, à proximité immédiate des demeures familiales, l'usine s'étend sur 8 hectares. En 1900, une entrée monumentale est construite. Des têtes de béliers encadrant une immense baie vitrée rappellent l'origine de la fortune familiale. La même année, une nouvelle salle des machine est élevée en utilisant le procédé de construction en béton armé breveté par l'ingénieur Hennebique.

L'hôtel de ville de Romorantin
L'hôtel de ville de Romorantin

Le XXème siècle


La présence américaine pendant la Première Guerre Mondiale

La vallée du Cher et le Romorantinais ont été le théâtre d'une intense activité militaire entre 1917 et 1919. Durant deux ans, tout le territoire a vécu à l'heure américaine.

Les Etats-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne le 6 avril 1917. Les conscrits américains deviennent des soldats qu'il faut entraîner et équiper. Une logique précise régit l'organisation des bases militaires et des communications. La France est divisée en 3 zones : les ports de débarquement, le secteur intermédiaire où les soldats parfont leur formation, et le front. La vallée du Cher se trouve au cœur du secteur intermédiaire.

Gièvres a accueilli un immense dépôt logistique, apte ravitailler en vivres et en matériel toute l'armée américaine, sur une ligne de Front s'étendant de Dunkerque jusqu'en Italie. La deuxième plus grande usine frigorifique de l'époque, après Chicago, y a été construite. L'armée américaine a également fondé une base logistique d'aviation entre Pruniers-en-Sologne et Gièvres, devenue aujourd'hui une base de l'Armée de l'Air française, ainsi qu'un camp d'assemblage et de réparation automobile, à Pruniers. Les différents régiments de la 41st division ont également pris leurs quartiers dans les communes de la vallée du Cher. Cette division était chargée de former, entraîner puis répartir les recrues dans les unités combattantes afin de remplacer les hommes blessés ou morts au front. On estime à plus de 290 000 le nombre de « Doughboys » passés par cette division.

Le Cher comme ligne de dEmarcation

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, le Cher marque la limite entre la zone occupée par l'administration allemande et la zone libre, contrôlée par le gouvernement de Vichy jusqu'en novembre 1942. Le 31 août 1944, Mareuil-sur-Cher est le théâtre d'exactions commises par les SS et la Wehrmacht contre les FFI et la population civile. À la même époque, l'armée allemande attaque aussi un groupe de résistants à la Chapelle-Montmartin regroupés autour d'une agent du SOE (Service Operation Executive) : Pearl Witherington, dite Pauline. Plusieurs résistants sont tués mais Pauline survit et se retrouve pendant quelques mois à la tête d'un maquis regroupant plus de 5 000 hommes.